«Kassensturz» sur Temu, Shein & Co. : l'ASJ teste depuis 2019
02.09.2026
Le 1er septembre 2026, l’émission « Kassensturz » a passé au crible les plateformes chinoises à bas prix : un échantillon de produits cosmétiques analysé par le laboratoire cantonal de Bâle-Ville, un reportage réalisé dans des villes industrielles chinoises et un aperçu du nouveau modèle « Local-to-Local » de Temu. Pour l’Association suisse des jouets, ce n’est pas une découverte. L’association a fait tester les plateformes chinoises à deux reprises en laboratoire, en 2019 et en 2023, à chaque fois par le même laboratoire d’essai.
L'émission montre que la totalité des produits cosmétiques testés, achetés chez Temu, Shein, Aliexpress et Fruugo, a échoué : substances interdites, valeurs limites largement dépassées ou déclarations erronées. Le reportage tourné en Chine explique comment cette marchandise est fabriquée, notamment dans la région de Shantou, spécialisée dans le jouet.
Deux tests, quatre ans d'écart, le même laboratoire
En 2019, l'ASJ a fait commander une douzaine de produits critiques sur Aliexpress et Wish : jouets aquatiques, figurines squishy, autocollants, accessoires de poupées. Dix des douze envois sont arrivés dans les délais annoncés et ont été analysés par le laboratoire SQTS à Dietikon. Sept contenaient des substances nocives, six dépassaient nettement les valeurs limites, un se situait exactement au seuil. Les chimistes ont notamment décelé du plomb, du nickel, du DEHP, du bore, de la cyclohexanone, du toluène et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Un article dégageait tant de solvants que le personnel du laboratoire a souffert de maux de tête et de nausées. Aucun des dix articles n'aurait pu être mis sur le marché suisse, ne serait-ce qu'en raison de l'absence d'étiquetage.
En 2023, l'ASJ a répété l'exercice avec Temu et Shein, à nouveau chez SQTS. Sur 20 articles commandés, 18 ont été analysés. Quinze n'étaient pas commercialisables en Suisse et, pour six d'entre eux, les autorités auraient immédiatement ordonné un rappel. Un pendentif en forme de cœur contenait 17,83 pour cent de cadmium, une bague d'enfant 41,46 pour cent. La limite pour les bijoux en contact prolongé avec la peau est de 0,01 pour cent. Sur un renard en peluche, un œil s'est détaché lors de l'essai de traction et constituait une petite pièce susceptible d'être avalée. Trois articles ont passé les tests.
Deux enquêtes, des plateformes différentes, le même laboratoire, pratiquement le même constat. Il ne s'agit pas de cas isolés, mais d'un schéma structurel.
Une lacune légale, pas un problème d'exécution
En Suisse, les jouets relèvent de la loi sur les denrées alimentaires (LDAl) et de l'ordonnance sur la sécurité des jouets (OSJo), qui constitue le droit spécial. Quiconque importe des jouets et les met sur le marché assume, en tant que premier importateur, des obligations précises (art. 14 et art. 19 à 21 OSJo) : évaluation de la conformité, documentation technique, traçabilité, étiquetage, obligation d'annonce.
Si une consommatrice commande le même article directement auprès d'une plateforme étrangère, ces obligations ne s'appliquent pas. Ces envois sont considérés comme des importations pour usage domestique privé au sens de l'art. 2 al. 4 LDAl et sortent du champ d'application. Il ne s'agit pas d'un manque de ressources de contrôle. Peter Brodmann, chef du Laboratoire cantonal de Bâle-Campagne, le résumait déjà en 2019 auprès de l'ASJ : pour ces importations, les bases légales font tout simplement défaut.
Sept ans de travail préalable
L'ASJ n'a pas seulement publié ces résultats. Elle a demandé à plusieurs reprises des mesures à l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), organisé deux tables rondes réunissant l'OSAV, l'exécution cantonale et le commerce, et adressé en 2024 une lettre ouverte au Conseil fédéral. L'UE dispose depuis juillet 2021 du règlement sur la surveillance du marché ; la Suisse est longtemps restée sans réglementation équivalente.
Ce que «Kassensturz» n'a pas mentionné : LSPro et LETC
C'est précisément ce qui est en train de changer. Le 5 juin 2026, le Conseil fédéral a ouvert les consultations relatives à la révision partielle de la loi sur la sécurité des produits (LSPro) et de la loi fédérale sur les entraves techniques au commerce (LETC). Sont prévus de nouvelles obligations pour les acteurs économiques du commerce en ligne, un point de contact en Suisse, une clarification des responsabilités des exploitants de places de marché en ligne ainsi que la possibilité d'une taxe de surveillance sur les commandes livrées directement depuis l'étranger. Le délai court jusqu'au 28 septembre 2026. L'ASJ fait valoir ses demandes via son association faîtière Commerce Suisse et fait clarifier juridiquement lesquelles de ces nouvelles obligations s'appliquent effectivement aux jouets, l'OSJo primant en tant que droit spécial.
«Local-to-local» : la lacune se déplace
Temu expédie de plus en plus via des commerçants suisses, avec un expéditeur suisse sur l'étiquette. L'ASJ partage entièrement l'appréciation de Bernhard Egger, directeur de HANDELSVERBAND.swiss, qui met en garde dans «Kassensturz» contre l'éviction du marché et les risques de responsabilité.
Juridiquement, ce modèle change la donne : quiconque stocke de la marchandise en Suisse et la vend ici est pleinement soumis au droit suisse et répond de la conformité. La plateforme, elle, fixe pour l'essentiel les conditions par son algorithme, la pression sur les prix et les pénalités contractuelles. Du point de vue de l'ASJ, le problème se déplace ainsi de la lacune légale vers la question des moyens dont disposent les autorités d'exécution pour faire respecter cette responsabilité. Les deux aspects relèvent de la révision en cours.
Position de l'ASJ
L'ASJ ne s'oppose pas au commerce en ligne. Elle demande des conditions de concurrence équitables : quiconque vend à des consommatrices et consommateurs en Suisse doit satisfaire aux mêmes exigences de sécurité, quel que soit le canal de distribution.
Encadré : les tests en laboratoire de l'ASJ
| 2019 | 2023 | |
|---|---|---|
| Plateformes | Aliexpress, Wish | Temu, Shein |
| Laboratoire | SQTS, Dietikon | SQTS, Dietikon |
| Commandés / analysés | 12 / 10 | 20 / 18 |
| Non commercialisables | 10 sur 10 | 15 sur 18 |
| Substances nocives | 7 sur 10, dont 6 au-dessus de la limite | dont 41,46 % de cadmium dans une bague d'enfant |
| Rappel justifié | pas d'appréciation officielle relevée | 6 articles |
Source : rapports d'essai SQTS, Dietikon. Communiqués de l'ASJ des 1er octobre 2019 et 6 novembre 2023.
Pour aller plus loin : communiqué du 1er octobre 2019 et communiqué du 6 novembre 2023, avec l'ensemble des rapports d'essai.
Émission : «Kassensturz», SRF 1, 1er septembre 2026 (en allemand). Vers l'émission
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